Tourisme en Occitanie : la fréquentation est bonne, pas le climat

C’est nouveau et c’est heureux : les traditionnels bilans touristiques, aussi bons soient-ils comme cet été 2022, ne peuvent plus masquer la question du réchauffement climatique. Le tourisme de masse, particulièrement développé en Occitanie, est bien sûr très impactant pour la planète. Les élus régionaux assurent en être conscients et vouloir développer une économie touristique plus vertueuse.

Si le terme “tourisme de masse” hérisse le président du CRTL, Comité régional du tourisme et des loisirs (lui préférant “tourisme populaire”), Vincent Garrel convient de l’impact d’une surfréquentation sur l’environnement, et le climat. Au côté de sa collègue Muriel Abadie, vice-présidente de Région chargée du Tourisme durable, l’élu a d’abord égrainé les bonnes nouvelles en provenance de juillet et août mais pas encore tous les bons chiffres, beaucoup étant pour l’heure indisponibles. En attendant que l’Insee ou l’opérateur Orange en terminent avec leurs calculs, “2022 est très bonne, on progresse encore par rapport à 2021, se félicite-t-il. Et significativement par rapport à 2019 qui reste pour nous l’année de référence”, pré-crise du Covid. 2022 est même espérée comme “l’année de tous les records”.

Infographie
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CRTL Occitanie

Le retour des étrangers prodigues

Trois chiffres connus et livrés par la Région : + 46 % de clientèle étrangère (principalement européenne) en juillet et août en Occitanie, soit 2,6 millions de nuitées supplémentaires qui les porteront, sur toute l’année, au-delà des 210 millions (208 millions l’an dernier). Une performance à la suite d’“une forte présence des Suisses et + 54 % de Canadiens”.
Les nuitées françaises extra-régionales sont presque stables (-2 % par rapport à l’été 2021) et le tourisme de proximité, c’est-à-dire les habitants de la région qui y restent durant les vacances (et pas toujours par choix à l’heure d’un pouvoir d’achat sérieusement en baisse) reste une tendance dure en Occitanie. Et déjà, depuis le début de l’année, le nombre de nuitées (tous modes confondus : hôtels, campings, locations, résidences secondaires, familles) a augmenté de 19 % par rapport à l’année de référence, 2019. 
Enfin, la campagne continue à séduire avec 33 % des nuitées estivales suivie du littoral (30 %), des zones urbaines (26 %) et, loin derrière, de la montagne (6%, lire aussi ci-dessous). 

Il faut imaginer les outils pour répartir cette fréquentation touristique

Conscients de l’impact environnemental de la surfréquentation touristique en Occitanie, le président du CRTL, qui ne veut pas que “le tourisme de masse soit le nouveau gri-gri à la mode”, entend y répondre en “répartissant différemment la présence touristique” et il en appelle à un autre étalement des vacances scolaires, et en prenant garde au “niveau d’acceptabilité des populations, c’est important, il faut y travailler et imaginer les outils pour répartir cette fréquentation”, dit Vincent Garel. Il met en avant les “efforts” déjà réalisés avec le train à 1 euro (économe en CO2) et constate que “les territoires pas équipés (pour une forte fréquentation touristique) souffrent”. “L’impact de la canicule, de la sécheresse, des incendies aura des conséquences sur l’image des régions du sud de la France”, souligne-t-il par ailleurs.
Les aides de la Région au développement des équipements touristiques (120 millions d’euros ces dernières années) sont-elles conditionnées au respect de l’environnement ? Et peuvent-elles l’être davantage ? “Les projets aux notions vertueuses seront plus accompagnés, assure Muriel Abadie, chargée du Tourisme durable donc. On parle aussi de bonification pour ces investisseurs avec une notion de responsabilité sur la transition écologique. Notre Pacte vert sert aussi de tamis”. 

Les Pyrénées et les thermes grimacent

Si les sites classés, tels le château et les remparts de Carcassonne (178 000 visiteurs entre juillet et août avec tout de même un repli aoûtien) ou la fortresse de Salses (moins de passages en juillet à 11 500 mais des visites stables en août à 18 000 contre 16 000 en 2021 et 19 000 en 2019) restent des sites bien fréquentés, il n’en est pas de même en montagne.
La chaîne des Pyrénées a ainsi accusé un recul de fréquentation avec – 7 % de taux d’occupation cet été (à 61 %), relève l’Association des maires des stations de montagne. En Occitanie plus précisément, les élus notent un “tassement léger après un fort développement en 2021” mais “une super saison au Pic du Midi et dans les secteurs de moyenne montagne ou campagne montagnarde”. Après avoir “pris la crise sanitaire de plein fouet”, le thermalisme souffre toujours et “ne retrouve pas son niveau, il faut continuer à travailler avec la filière”, réagit le président du Comité régional du tourisme. L’élue au Thermalisme, Muriel Abadie, ajoute que “le manque de médecins” impacte aussi les flux potentiels de patientèles.
Le tourisme d’affaires enfin, serait victime des “changements d’habitudes, du télétravail… il n’est pas revenu dans nos métropoles”, constate Vincent Garrel.

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