Sur France Culture, les grandes heures de la révolte des salariés de Lip

Sous Pompidou, le premier horloger de France était démantelé. S’ensuivit une grève historique… “Une histoire particulière”, samedi et dimanche sur France Culture, nous fait revivre cet épisode clé de l’histoire politique et ouvrière.

En 1973, le souffle révolté de Mai 68 plane encore sur la France. Dans le Doubs, à Besançon, il va bientôt retrouver sa vigueur du printemps, désormais cité dans les livres d’histoire. Le premier horloger de France, longtemps cité comme exemple de l’industrie moderne, s’apprête à licencier ses ouvriers et ses ouvrières. Lip, le fabricant de montres offertes aux communiants, doit être démantelé. S’engage alors une grève massive, une lutte de plusieurs mois qui mobilisera dans tout le pays. Sur France Culture, cette Histoire particulière de Nedjma Bouakra nous remet dans l’oreille, archives aidant, la ferveur, la colère et la détermination des travailleurs grévistes qui décident de poursuivre la production en autogestion en appliquant ce slogan resté célèbre : « C’est possible : on fabrique, on vend, on se paie. »

Alors que leurs salaires ne sont plus versés, les employés continuent à assembler et vendre des montres pour s’assurer un revenu. Au moins vingt-cinq mille sont ainsi dissimulées dans toute la Franche-Comté et au-delà, avec entre autres le soutien de réseaux catholiques. Devant l’usine du quartier de Palente, on fait la queue pour acheter, quitte à devenir receleur ! Un hold-up ? « C’est un terme patronal », rappelle Guillaume Gourgues, auteur de Pourquoi ont-ils tué Lip ? De la victoire ouvrière au tournant libéral (éd. Raisons d’agir, 2018).

Les femmes en première ligne

Avec ses interlocuteurs, la documentariste retrace l’histoire de cette aventure collective où les femmes — huit cents salariées sur mille trois cents — durent se battre pour faire entendre leur point de vue. Parmi elles, Monique Piton donna de la voix, face caméra, pour défendre la parole des femmes et l’égalité, avec des mots éminemment féministes. « Nous pensons, nous participons, nous sommes importantes. » Sa voix jeune de l’époque s’entremêle à celle de la dame âgée qu’elle est devenue, racontant le droit de cuissage des patrons et le mépris de certains leaders syndicaux. « Elle nous vient d’un temps où on pensait que la parole pouvait vraiment libérer », souligne la productrice. Soutenu par les chants féministes magnifiques fournis par le Centre audiovisuel Simone-de-Beauvoir, ce documentaire aurait mérité au moins deux épisodes supplémentaires pour détailler les suites de l’affaire Lip : les ravages du chômage. « Les gens sont restés sur le carreau, surtout les femmes. »


À écouter
q Une histoire particulière, samedi 24 et dimanche 25 septembre, 13.30, France Culture. Réalisation : Céline Ters. 2 × 28 mn.

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