Rodez : “C’est un cauchemar, surtout la nuit”, des logements d’un immeuble HLM infestés par des punaises de lit

Les habitants d’un immeuble HLM situé au 56, boulevard du Maréchal de Lattre de Tassigny à Rodez, vivent un véritable calvaire depuis plus d’un an. La vie dans cet immeuble infesté de punaises de lit “est un cauchemar permanent”, grondent-ils.

C’est un ennemi minuscule, tout juste la taille de pépin de pomme et pourtant… la punaise de lit, non sans mal, fait vivre un enfer aux habitants d’un immeuble HLM à Rodez. Alors plus qu’un cri d’alarme, c’est un véritable appel au secours que ces derniers lancent aujourd’hui. Depuis plus d’un an, les habitants se battent afin d’éradiquer le problème… en vain.

Un combat qui dure depuis un an

Tout commence au mois de janvier 2021. Si quelques appartements seulement étaient au départ concernés, aujourd’hui, dans cet immeuble de cinq étages, “environ la moitié des appartements, soit une dizaine au moins, sont infestés”, assure Micheline, l’une des locataires rencontrées. “Et encore, nous n’avons pas rencontré tous les habitants de l’immeuble. Celle-ci, par exemple, n’est pas là, elle est en vacances” ajoute-t-elle, pointant du doigt la porte d’entrée d’un appartement.

Les punaises récoltées dans une boîte par l'un des locataires témoignent de l'infestation de son logement.
Les punaises récoltées dans une boîte par l’un des locataires témoignent de l’infestation de son logement.
La Dépêche du Midi – A. V.

Du sol au plafond, dans le lit, les draps…

Même son de cloche chez Cyril. Les punaises de lit lui font vivre “un cauchemar”. “Ma chambre est envahie par les punaises de lit. Au plafond, sur les murs, dans les plinthes… c’est l’horreur, mais le pire, c’est la nuit. Elles sont dans mon lit, dans le matelas et dans les draps, dans les plis d’un oreiller ou que sais-je encore, j’en retrouve sans cesse. Mon lit est taché de sang à force d’en écraser la nuit”. Des taches de sang qui sont aussi le fruit des boutons causés par les bestioles “que je ne peux m’empêcher de gratter et qui finissent par saigner”…

Les punaises de lit “peuvent piquer jusqu’à 90 fois en une seule nuit”, rappelle, sur son site internet, le ministère de la Santé. Un jour, raconte, raconte Cyril, “j’ai soulevé un bout du papier peint du mur, et derrière, ça grouille, assure-t-il. Et idem au sol, sous le plancher…” Laurie, locataire également, l’assure : “Quand j’ai loué l’appartement, je ne savais même pas que l’immeuble était infesté par les punaises de lit. Aujourd’hui, j’en retrouve sur la chaise haute de mon fils et mon second, le plus grand, se fait piquer… c’est inamissible”, dit-elle.

Isolés

Micheline l’assure : “Ça fait bien longtemps que je reçois plus personne à dormir chez moi. Comment voulez-vous ? Je ne peux plus recevoir mes petits enfants chez moi”, dit-elle non sans émotion. Ancien chauffeur routier, aujourd’hui en recherche d’emploi, Cyril poursuit : “C’est vraiment pas facile. Depuis peu mes deux enfants vivent avec moi, ce n’est pas un environnement pour eux. Avant, quand ils ne vivaient  pas encore chez moi, j’allais parfois dormir dans mon camion la nuit pour quitter ma chambre et les punaises. C’est tout simplement invivable”, témoignent-ils. 

Nous avons envoyé un document sur lequel les appartements infestés étaient répertoriés

Alors dès le départ, les habitants contactent, par courrier, le bailleur social, l’Office public Rodez Agglo Habitat (OPRAH) afin de signaler l’infestation. “Nous avons envoyé un document sur lequel les appartements infestés étaient répertoriés”, expliquent Micheline et Cyril. Et en effet, disons-le, une entreprise spécialisée est venue plusieurs fois afin de traiter nos appartements. Chez moi, ils sont venus au moins 7 ou 8 fois”, assure Micheline, “chez moi, environ 4 ou 5 ou fois”, enchaîne Cyril… mais rien n’y fait. “On est tranquille pendant deux trois jours, puis petit à petit, elles réapparaissent”, se désespèrent les deux locataires. Le problème, assurent-ils, “c’est qu’ils ne traitent jamais l’immeuble dans sa globalité. Ce serait la seule solution.

Appartement par appartement, cela ne fonctionne pas. la preuve, cela dure depuis plus d’un an”. À cela s’ajoute la contrainte des traitements : “ils passent plusieurs fois, nous devons ensuite quitter notre logement, c’est toute une organisation”, assurent les locataires rencontrés. Huile essentielle de lavande, bombes insecticides etc., “on a tout essayé, rien n’y fait”, se désolent-ils.
Ayant pris conscience du problème, le bailleur social a alors proposé un autre logement à Micheline et Cyril, qui l’ont refusé. “Ils m’ont proposé un logement à Luc-la-Primaube, plus cher et avec mes enfants scolarisés à Rodez, je n’ai pas pu accepter, c’était impossible”, explique Cyril.

“J’ai déjà changé mon matelas, dû laver des affaires à 60 °C, j’ai une chambre qui déborde d’affaires enfermées dans des sacs-poubelles, j’espère que l’on va vite trouver une solution”, conclut, non sans émotion, Micheline.

Le bailleur : “C’est pour nous une priorité”

Contacté, l’Office public Rodez Agglo habitat, le bailleur, assure mettre tout en œuvre afin d’éradiquer les punaises de lit. La lutte contre ces nuisibles est, selon Stéphane Bultel, son directeur, “une priorité”.

Lutter contre les punaises de lit, et plus largement les nuisibles ? (Rats, cafards etc.) “est une priorité pour l’office HLM. C’est en effet la base de la dignité que d’habiter dans un logement sain”, affirme le directeur de l’Oprah, Stéphane Bultel.

Les punaises de lit, rappelle-t-il, “peuvent proliférer si le traitement n’est pas effectué très rapidement en respectant un protocole bien défini. Alors je le dis et je l’affirme : ce n’est en aucun cas la faute des locataires, pour autant, le protocole est en effet contraignant et celui-ci n’est pas toujours bien respecté”, dit-il. Sur l’ensemble du parc social dudit bailleur, entre 10 et 15 logements font l’objet d’un signalement pour des cas de cafards. “Et concernant la punaise de lit, c’est entre 2 et 5 cas par an”, explique le directeur, “c’est le cas au sein de la résidence Les Frênes”. Mais, “il ne s’agit pas d’un immeuble infesté mais d’un cas de prolifération au sein d’un immeuble”, insiste le directeur.

“Nous allons enclencher un nouveau protocole”

Alors il poursuit : “Nous sommes bien sûr intervenus et ce, à plusieurs reprises et si le bailleur social doit, normalement, prendre à ses frais le coût de la main-d’œuvre de l’opération, les produits restant à la charge du locataire, nous, nous prenons tout à nos frais. Et c’est tout de même 90 euros à chaque fois”, dit-il.

“À l’aune de la situation, nous allons enclencher un nouveau protocole. Fin septembre, un logement de la résidence se libère. Nous allons donc le traiter entièrement et soulever les lattes de bois afin de vérifier la présence ou non de punaises. Nous avons également acheté plusieurs congélateurs afin d’y mettre les affaires des locataires, celles qui ne passent pas à 60 °C en machine. À cela s’ajoute, d’ici à la fin du mois, l’intervention d’une entreprise indépendante afin de réaliser un audit avec des chiens renifleurs qui repèrent la présence des punaises”, explique Stéphane Bultel.

“Je le répète, nous mettons tout en œuvre pour éradiquer ce problème, c’est pour nous une priorité”, insiste avec fermeté le directeur, Stéphane Bultel.

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