Ridicule, “indigne” : 780 taurillons menés en bateau entre la France et l’Algérie vont être abattus

A cause d’un imbroglio administratif, ce bétail est resté à quai des jours durant dans le port d’Alger avant d’être “rapatriés à Sète où il sera mis à mort. Une ONG parle de scandale. L’histoire d’un imbroglio.

Le 2 septembre à Sète, 780 taurillons d’origine française (pas plus de “traçabilité” pour l’instant) embarquent sur un navire bétailler à destination de l’Algérie. Après six jours de traversée, ils accostent au port d’Alger, où il vont se retrouver bloqués dans le navire, plus de deux semaines durant, à cause de ce que le ministère français de l’Agriculture appelle une “difficulté d’interprétation” administrative, raconte France Info.

Ces 780 taurillons avaient été vaccinés contre l’IBR (rhinotrachéite infectieuse bovine), mais les autorités sanitaires algériennes ont constaté que pour trois de ces taurillons, les documents joints à leur certificat cerfa d’exportation portaient la mention “IBR positif”, la fameuse “difficultés d’interprétation” de leur statut sanitaire, rapport le webmédia algérien TSA. L’Algérie a donc refusé l’entrée sur le territoire de tout le bétail, “pour des raisons réglementaires“, pensant qu’ils étaient porteur du virus. Pour la France, “il n’y a pas eu de manquement des autorités françaises sur le certificat export” au départ de Sète, et cette mention validait en fait leur vaccination.

Des discussions ont lieu entre autorités françaises et algériennes, qui s’avèrent infructueuses. Le ministère de l’Agriculture décide alors de “rapatrier” la cargaison de taurillons à Sète, où elle doit arriver ce jeudi 22 septembre… pour y être abattue. Raison invoquée par le ministère : les taurillons ont été “affouragés avec du foin algérien”,  alors qu’une autre maladie bovine, la fièvre aphteuse, est présente en Algérie. Si le ministère admet que le risque d’une contamination des taurillons par la fièvre aphteuse est “extrêmement minime“, ces taurillons subiront ce sort pour éviter l’introduction de cette maladie sur le sol européen.  De plus, le ministère précise que la viande de ces taurillons “ne seront pas remis dans le circuit de la consommation” française. En bref, tout ça pour rien.

Laxisme ?

Pour Adrienne Bonnet, représentante de l’ONG de défense des animaux d’élevage Welfarm, “nous doutons que le problème vienne d’un risque de contamination dû à la fièvre aphteuse. Nous pensons qu’il y avait un risque d’infection à bord avec la maladie IBR”. Et d’acuser le gouvernement français d’avoir “approuvé ce transport d’animaux au mépris des exigences sanitaires”. Elle indique par ailleurs qu’une trentaine de ces taurillons seraient morts durant l’attente au port d’Alger. “La France exporte beaucoup de bovins vers l’Algérie et depuis longtemps, avance Judith Dei Rossi, chargée des affaires juridiques de l’ONG (…) Les documents vétérinaires sont les mêmes à chaque traversée, comment peut-il y avoir “une difficulté d’interprétation du statut sanitaire” ?

Pour le ministère de l’Agriculture, “nous n’avons pas d’informations qui indiqueraient un problème particulier” sur l’état de santé des animaux. Selon lui le bateau est agréé et “a fait l’objet d’une inspection au départ de Sète par nos services“. Ce que conteste par ailleurs la fondation 30 Millions d’amis :  le Nader-A, battant pavillon togolais, est en service depuis 45 ans, et “lors de l’inspection du navire, le 3 mars 2022 au port de Sète, une vingtaine de défaillances de sécurité auraient été révélées“, alors que Walfarm parle de “cargo-poubelle” 

Premier producteur européen de viande bovine, la France exporte chaque année 1,5 million de bovins vivants. La fondation demande “au ministère de l’Agriculture et à l’Union européenne, l’interdiction immédiate du transport d’animaux vivants” au profit du transport de carcasses en containers réfrigérés, et l’abattage des animaux “sur leur lieu d’élevage“, comme le souhaitent 83 % des Français, selon son “baromètre” 2022.

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