Riad Sattouf, Grand Prix d’Angoulême : “Ado, être publié un jour me semblait un Everest inaccessible”

L’édition 2023 du festival récompense l’auteur de “L’Arabe du futur” et des “Cahiers d’Esther” pour l’ensemble de son œuvre. Ce prix, décerné par ses pairs, a une saveur particulière pour le dessinateur, spécialiste de l’autofiction. Entretien.

Le Grand Prix du festival d’Angoulême revient cette année à Riad Sattouf. Décerné par l’ensemble des auteurs et autrices de bande dessinée « publiés par un éditeur francophone », ce prix couronne une année 2022 particulièrement faste pour l’auteur de L’Arabe du futur. À 44 ans, il vient en effet d’achever sa série phare, a publié un nouveau volume des Cahiers d’Esther, son autre série à succès, et tient avec le premier volume du Jeune Acteur l’une des bonnes surprises éditoriales de l’année (deux cent cinquante mille exemplaires vendus).

Récipiendaire à deux reprises d’un Fauve d’or, pour Pascal Brutal en 2010, puis pour L’Arabe du futur en 2015, ce grand spécialiste de l’autofiction gravit avec cette récompense attribuée par ses pairs un degré de plus sur l’échelle de la reconnaissance. Vendu à plus de trois millions d’exemplaires en France, L’Arabe du futur, où il livre un portrait acéré des mœurs et de la société de son temps, a déjà été traduit en vingt-trois langues, une dimension internationale rarissime pour un auteur de sa génération. Après le Grand Prix, bientôt l’Académie ?

Quelles ont été vos réactions en apprenant la nouvelle ? Qu’est-ce que ce prix représente pour vous ?
J’en ai été sidéré, extrêmement touché, et heureux. D’autant plus qu’il s’agit d’une élection, un vote du « métier »… Quand j’étais jeune et ado, mon plus grand rêve était de pouvoir être publié un jour. Cela me semblait un Everest inaccessible, un Valhalla inespéré. Alors devenir Grand Prix à Angoulême, comme Druillet, Moebius, Bilal, j’avoue ne jamais y avoir pensé ne serait-ce qu’une demi-seconde…

“Je suis obsédé par l’idée d’amener à la bande dessinée des gens qui n’en lisent pas.”

Le Grand Prix du festival d’Angoulême est décerné par l’ensemble des auteurs et autrices de BD français, c’est un honneur, mais n’est-ce pas aussi une responsabilité au moment où la profession doit faire face à de nombreux problèmes ?
Faire des livres est mon activité centrale, ma passion absolue. Mon engagement s’exprime au travers de mes livres, au travers de ma façon d’en faire. J’ai commencé comme auteur de bandes dessinées d’humour très trash, et aujourd’hui je suis obsédé par l’idée d’amener à la bande dessinée des gens qui n’en lisent pas. Il y a des milliers de façons d’être auteur, chacun a sa conception de la chose. Ma responsabilité est selon moi avant tout de faire des bons livres et d’amener le plus de gens possible à découvrir la variété incroyable de cet art que j’aime tant.

Cette 50ᵉ édition du festival est aussi celle de « l’Affaire Vivès » et de l’annulation de son exposition à la suite d’une vague de protestations sur les réseaux sociaux. Quel regard portez-vous sur ces faits ?
Bastien Vivès a tenu des propos très violents et inacceptables sur Internet et en interview… Je n’ai jamais lu ses livres. Je comprends tout à fait que des dessins et des histoires puissent choquer, horrifier, révulser : le but de l’art, de l’expression artistique, je crois, n’est pas uniquement d’être consensuel. Il y a la part d’ombre, malsaine, monstrueuse de l’être humain qui s’y exprime aussi, et ce depuis toujours. Au final, c’est à la justice de juger si certains contenus posent problème et enfreignent les limites de la liberté d’expression posées dans une démocratie vivante comme la nôtre.

Qu’avez-vous envie de dire aux deux autres finalistes ?
Quand est-ce qu’on boit un verre ensemble ?

À quels auteurs, quelles autrices aimeriez-vous que ce prix aille un jour ?
Il y en a tellement qu’en faire la liste serait un peu puéril et prétentieux de ma part. Je laisse la voix du peuple de la bande dessinée s’exprimer !

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