Redcar, le nouvel avatar de Christine and the Queens, se dévoile au Cirque d’hiver : un ego et des tripes

L’artiste quitte le chemin balisé de sa pop pour une aventure artistique aussi déroutante qu’attachante, sur disque avec un nouvel album et sur scène lors de deux uniques représentations. Nous étions à la première.

Une chose était certaine mercredi soir au Cirque d’hiver : personne ne savait à quoi pouvait bien ressembler le spectacle tant attendu (il devait avoir lieu en septembre) de Redcar, dernier avatar en date de Christine and the Queens. Ni ses admirateurs les plus fervents, déboussolés par son comportement erratique depuis la fin de l’été sur les réseaux sociaux, entre plaisanteries douteuses, coming out de transition vers le genre masculin émouvant et déclarations affectées, ni sa maison de disques, tenue à l’écart de la préparation d’un show conçu de A à Z par une artiste dont on connaît depuis longtemps l’obsession du contrôle.

À l’entrée, un avertissement hautement ambitieux : « Pop music is dead. Long live theatre. » Sur la piste du Cirque, quelques indices : un chevalier en armure recouvert de fleurs et gisant au sol, un autre statufié, d’un rouge flamboyant, un robot en forme de bras articulé, terminé par une caméra mobile, tel un visage. Disposé sur les marches qui mènent à l’estrade habituellement occupée par l’orchestre du Cirque d’hiver, une sorte d’autel d’inspiration mexicaine, chargé de vierges, de bougies et de fanions brodés d’icônes, le tout entouré de rubalise de chantier. Du symbole à gogo.

Touchant et agaçant

On s’attend à une entrée en fanfare. Christine / Redcar déboule finalement sans crier gare, soutenu par une canne (il s’est récemment blessé au genou, d’où le report des concerts), entouré de quatre gaillards sortis du carnaval macabre de La Nouvelle-Orléans pour nous demander d’éteindre nos portables afin de vivre, ensemble, un acte de création collectif, un « rituel de psychomagie ». Le noir se fait, les bougies s’illuminent, la séance peut commencer. Elle durera une heure et demie, entre performance vocale, théâtre burlesque et psychanalyse in situ. Un spectacle foncièrement hybride, touchant, agaçant, déroutant de franchise tant l’artiste s’y met à nu, au propre comme au figuré et livre sous nos yeux son chemin vers la délivrance, l’acceptation de soi.

Il suit musicalement la trame de l’album (Redcar les adorables étoiles) qui sortira vendredi 11 novembre et sera suivi bientôt d’un second volet, en anglais. Il débute par un déchirant adieu, Ma bien aimée, bye bye, en robe de mariée blanche, les poignets noués, bientôt déliés et la robe déchirée. Le torse presque nu, Christine n’est plus, Héloïse non plus. Redcar se construit, joue de sa musculature, saillante, sèche et nerveuse à l’image de la tension qu’il installe avec le public, soufflant le chaud et le froid, alternant l’humour et le drame, l’ego trip, la connivence et, plus rarement, la communion.

Stupre chic

Entre deux chansons où sa voix puissante et sûre se déploie, Redcar poursuit sa quête d’un paradis à portée de main, celui de la juste identité, de la vérité intérieure, surjoue, façon expressionnisme allemand, des saynètes parfois drolatiques où tout fait sens, même cette jambe claudiquant encore légèrement parfois. « Je suis l’homme qui n’existe pas, que personne n’a vu. » « Jouer du pipeau pour aller au paradis ? Très peu pour moi ! » Il appuie frénétiquement sur une touche d’un sampler qui délivre des « Je t’aime » à la limite de l’onanisme.

Est-ce un concert ? Une pièce ? Une performance poétique, comme nous l’assure Redcar ? Un mélange qui, assurément, ne s’adresse plus à son plus jeune public tombé, il y a quelques années, sous le charme de sa pop déjà exaltée mais alors ultra léchée et de ses chorégraphies au cordeau. La version Redcar lui préfère désormais le stupre chic de l’imagerie gay, sadomaso, casquette de cuir noir et tétons couverts d’un simple ruban adhésif, osant même conclure en apothéose, corseté d’une armure dorée façon Jeanne d’Arc revenue du ciel mais affublé d’un grotesque godemiché rouge écarlate. On ne peut s’empêcher d’y voir un ultime défi au bon goût, à la conformité, à un chemin plus facile que Redcar a décidé de ne plus emprunter, quitte à perdre du monde en route. Cela s’appelle prendre des risques, et c’est toujours beau.


À voir
Redcar les adorables étoiles, jeudi 10 novembre au Cirque d’hiver, 110, rue Amelot, Paris 11e. Et le 22 novembre à Londres.

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