Qu’ai-je pensé le jour où j’ai envoyé un « vocal » de 3 minutes à mon généraliste ?

J’ai une passion controversée : la note vocale. Ces messages audio qui insupportent la plupart des gens. Comme je ne suis pas contre le consentement, je préviens toujours avant : « Si ce n’est pas ton truc, dis-le-moi. Et si tu veux arrêter, tu dis ‘‘stop’’ ». A ceux qui m’ont encouragée, j’ai envoyé un audio book en trois parties (confession efficace pour tuer son capital sympathie). On me l’a bien rendu. J’ai consacré une pause déjeuner à l’écoute du récit détaillé d’un dîner de famille chaotique : 45 minutes.

Le pire, c’est que j’adore ça. Je binge mes amis comme une série. Les messages vocaux n’ont que des avantages : on les écoute quand on est disponible, on s’évite un appel, on ne se coupe pas la parole et, selon les capacités narratives de ses proches, c’est digne d’un podcast France-Culture. Les miens ont du talent. J’ai même droit à des bruitages pour une meilleure immersion dans le récit (« Et là, il m’a mis une fessée décevante, de type molle. Genre ça, écoute »). Chacun sa matinale.

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Ceux qui n’assument pas prétextent qu’ils manquent de temps – « je te fais un ‘‘vocal’’, c’est plus rapide » –, c’est faux. A l’oral on s’étale, on s’oublie, on s’envoie de la musique prise sur le vif comme si Spotify n’existait pas, on demande une analyse des bruits suspects qui proviennent de chez notre voisin, on se fait à tour de rôle la lecture de nos livres de chevet et on ressuscite le téléphone rose sans avoir à raccrocher.

La conversation par magnéto interposé est un loisir, pas une optimisation d’échange d’informations. Je l’admets, je règle certaines écoutes en accéléré, vitesse triple. Puis j’oublie et j’ai l’impression que mon téléphone est sous amphétamines. Je me suis quand même sentie déraper le jour où j’ai envoyé un vocal de trois minutes à mon généraliste pour décrire un mal de gorge. Il m’a bloqué sur Doctolib. A un dîner, la semaine dernière, je me suis rendu compte que personne n’avait plus rien à raconter, puisqu’on avait tous suivi en direct l’édition estivale de nos petites vies. J’ai donc décidé de lever le pouce.

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