Philippe Jaenada, Lionel Duroy, Thomas B. Reverdy… La sélection des livres de poche de la semaine

L’enquête d’un romancier obsédé par un fait divers oublié, une autobiographie traversée par la honte et la déception de soi, le récit magistral de la catastrophe écologique… Comme chaque samedi, notre sélection de lectures au rayon poches.

s “Au printemps des monstres”, de Philippe Jaenada

C’était il y a plus d’un demi-siècle — autant dire que c’est déjà de l’Histoire. Une histoire ancienne dont l’oublieuse mémoire collective n’a retenu, au mieux, que deux noms : celui de la victime et celui du coupable. Ce dernier, surtout : Lucien Léger, mort en 2008 après avoir été longtemps le plus ancien détenu de France, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre, en 1964, de Luc Taron, un enfant de 11 ans, et libéré en 2005. Ce n’est pourtant pas le sinistre record de Lucien Léger qui a incité Philippe Jaenada à s’immerger dans ce fait divers presque effacé. Plutôt, une de ces troublantes coïncidences dont le cerveau ne sait trop que faire : le premier jour que Jaenada, né le 25 mai 1964, passa sur cette terre, fut le dernier de Luc Taron, enlevé et assassiné dans la nuit du 26 au 27. Il n’en fallait pas davantage au romancier loufoque, depuis quelque temps reconverti en enquêteur obsessionnel du passé, pour décider de se pencher sur l’oubliée « affaire Luc Taron », et bientôt se laisser pénétrer, engloutir, littéralement envahir par elle. Lire la critique en intégralité

► Éd. Points, 10 €


s “Marina A”, d’Éric Fottorino

Au printemps 2010, 750 000 New-Yorkais se pressèrent au MoMA pour un face-à-face d’une minute avec Marina Abramovic — « la grand-mère de la performance », comme elle se définit. Sa force ? Offrir à ces derniers son attention, plonger son regard dans le leur, jusqu’à ce qu’ils atteignent une conscience absolue d’eux-mêmes. Aucun critique n’est parvenu à dire l’art de Marina Abramovic (74 ans) mieux qu’Éric Fottorino dans ce livre hybride, tout à la fois roman, biographie et ­analyse de son œuvre. Chirurgien-­orthopédiste, Paul Gachet, son héros, y découvre la plasticienne d’origine yougoslave à Florence, où il s’est rendu avec sa compagne et sa fille adolescente. Impossible d’échapper à son visage, affiché partout en ville pour annoncer son exposition. Gachet ne voit qu’elle. Jusqu’à l’obsession. Au fil de ses recherches sur sa vie, sur ce travail qui met en scène sa propre existence, transformant l’événement le plus intime en quelque chose d’universel, Gachet va peu à peu se reconnecter au monde. Lire la critique en intégralité

► Éd. Folio, 7,80 €

Editeurs

r “L’Homme qui tremble”, de Lionel Duroy

Voilà trente ans que Lionel Duroy écrit sur le même passé familial, trente ans qu’il gratte la même blessure originelle. Et pourtant, chaque livre (le dernier, Disparaître, vient de paraître en cette rentrée littéraire) semble un recommencement, une renaissance. Ni vraiment ressassement, ni tout à fait rengaine, son écriture relève plutôt de la reprise. Reprise au sens couturier du terme, qui le pousse à raccommoder chaque accroc, à réparer sans fin, avec sa franchise impitoyable pour aiguille et son lien aux siens comme fil directeur. Reprise au sens théâtral, aussi, chaque roman étant la répétition du spectacle de sa propre vie, avec son lot de modifications imperceptibles, d’évolutions imprévues qui le rapprochent toujours plus de la vérité. Le verbe « trembler », omniprésent dans son œuvre, a creusé sa fissure jusque dans le titre de cet opus autobiographique, traversé par les secousses de la peur, la honte, la déception, de soi ou de son prochain. Lire la critique en intégralité

► Éd. J’ai Lu, 8,20 €


r “Climax”, de Thomas B. Reverdy

Le crépuscule des dieux (ou de l’humanité), c’est maintenant. Tel semble être le message du nouveau roman de Thomas B. Reverdy, qui en appelle à la mythologie nordique chère à Wagner pour trousser le récit magistral de la catastrophe écologique. L’action se situe à l’extrême nord de la Norvège, dans un village de pêcheurs devenu une petite ville grâce à la manne de l’exploration pétrolière. Au large, un « kick » se produit sur une plateforme de forage, fatal aux ouvriers russes qui travaillent là. Et l’accident ne sera que le signe avant-coureur du « blow out » final, quand un glacier s’effondre et emporte tout sur son passage. La fin du monde a commencé. Et pour une raison simple : le réchauffement climatique. Après la Grande-Bretagne thatchérienne sous une tutelle shakespearienne ( L’Hiver du mécontentement, prix Interallié 2018), Reverdy nous emmène aux confins de l’Arctique… Lire la critique en intégralité

► Éd. J’ai lu, 8,20 €


r “La Laveuse de mort”, de Sara Omar

L’existence entière de Sara Omar, dans son Kurdistan natal puis au Danemark où elle réside depuis une vingtaine d’années, a été marquée par « la guerre, la pauvreté, la violence et l’oppression ». Elle lui a inspiré un premier roman courageux, best-seller au Danemark dès sa parution en 2017. Cet ouvrage d’une extrême dureté, inspiré de sa propre vie , dénonce la culture de l’honneur et l’oppression des femmes au Kurdistan et au Danemark, au sein de familles musulmanes conservatrices. Sara Omar y rend hommage à celles qui s’occupent des corps des femmes tuées au nom de l’honneur et que personne ne réclame : « Elles risquent leur vie pour leur permettre de rejoindre le royaume d’Allah. Dans nos cimetières, des tombes ne portent pas de nom : mêmes mortes ces femmes ne sont pas autorisées à avoir leur propre identité. Alors, pour moi, ces laveuses de morts qui agissent avec respect et dignité sont des combattantes de la liberté. » Lire la critique en intégralité

► Éd. Babel, 9,50 €

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