Perpignan – Tracteurs, élus, agriculteurs… : démonstration de force contre le nouveau débit réservé de la Têt

Ce mardi 24 janvier, environ 700 manifestants et une quarantaine de tracteurs ont défilé à Perpignan contre la décision du tribunal administratif qui rehausse le débit minimum à maintenir dans la Têt entre Vinça et Millas. Une décision qui suscite de vives inquiétudes pour l’alimentation des canaux d’irrigation du secteur, la production de neige de culture en amont, dans les stations des Pyrénées catalanes, ainsi que pour l’approvisionnement en eau potable de plusieurs communes. Élus, agriculteurs, moniteurs de ski, chasseurs ou représentants du patronat, les manifestants présentent leurs doléances. 

Les agriculteurs et leurs soutiens ont fait entendre leur colère ce mardi matin dans les rues de Perpignan. Selon la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) qui organisait la manifestation avec les Jeunes agriculteurs et le Syndicat des vignerons, ils étaient un millier à défiler entre le parc des expositions et la préfecture. Malgré le froid, la pluie, voire parfois la neige. Les services de l’Etat ont pour leur part dénombré autour de 500 participants. Une quarantaine de tracteurs fermaient la marche. Tandis que des élus de tous bords bardés d’écharpes tricolores ouvraient le cortège.

Tous dénonçaient les conséquences “funestes” de la récente décision du tribunal administratif qui a ordonné, à la demande de l’association écologiste France nature environnement (FNE), de rehausser le débit minimum à maintenir dans la Têt entre Vinça et Millas à 1500 litres par seconde toute l’année. Alors que l’arrêté préfectoral attaqué permettait jusqu’ici de descendre en été à  600 litres par seconde au niveau des prises d’eau de certains canaux d’irrigation s’alimentant sur ce tronçon. Canaux qui vont donc dès ce 1er avril devoir prélever beaucoup moins d’eau dans le fleuve. D’où l’ire des agriculteurs du secteur, qui craignent de ne plus pouvoir irriguer suffisamment leurs exploitations. 1500 maraîchers et arboriculteurs seraient concernés.  

Sans les canaux, on devrait boire de l’eau en bouteille

Les élus en tête de cortège.
Les élus en tête de cortège.
MICHEL CLEMENTZ – MICHEL CLEMENTZ

Mais les agriculteurs ne sont pas les seuls à s’inquiéter de l’impact de la décision de justice. Certains maires craignent pour l’alimentation en eau potable de leurs communes. C’est notamment le cas de celui de Bouleternère, Pascal Trafi. “Actuellement, sans les canaux, les habitants de Bouleternère, de Saint-Michel-de-Llottes et des deux Corbère devraient boire de l’eau en bouteille, alerte-t-il. Lors des périodes de sécheresse, ce sont les canaux qui permettent d’alimenter les nappes phréatiques en lâchant un peu d’eau dans le lit du Boulès.”

Le président départemental du Medef, Guy Durand, a lui aussi battu le pavé ce mardi. “Je suis venu soutenir les agriculteurs, mais aussi le monde économique, explique-t-il. Pour atteindre le nouveau débit réservé du fleuve, il faudra effectuer plus de lâchers d’eau depuis le barrage des Bouillouses. S’il n’y a plus suffisamment d’eau dans le lac pour fabriquer de la neige de culture, les stations de ski et toute l’économie de la neige, les hôtels, les restaurants et les commerces, sont menacés. Il y a des risques de licenciements.”

“En aval du lac des Bouillouses, il y a aussi sept usines hydroélectriques, renchérit la responsable de l’antenne de la chambre de commerce du haut canton, Françoise Delcasso. La décision du tribunal les met également en péril.”

On demande simplement de pouvoir travailler

Le président de la FDSEA66, Bruno Vila, harangue la foule devant la préfecture.
Le président de la FDSEA66, Bruno Vila, harangue la foule devant la préfecture.
MICHEL CLEMENTZ – MICHEL CLEMENTZ

Arrivés devant la préfecture peu avant midi, manifestants et tracteurs ont ensuite bloqué le quai Sadi-Carnot pendant plus d’une heure. “On demande simplement de pouvoir travailler, a résumé le président de la FDSEA, Bruno Vila. On demande des solutions pour être encore là demain. Cet été, on a su gérer de manière responsable. Et aujourd’hui, on nous met à mal avec un règlement qui ne respecte pas les spécificités de notre territoire. On va vider le barrage pour le confort des petits poissons et après l’eau partira à la mer. On demande à l’Etat de faire appel. Et puisque l’appel ne sera pas suspensif de trouver des solutions pour cet été.”

Dans la foule, le garde vanne du canal des Quatre-Cazals applaudit : “Avec l’ancien arrêté préfectoral, ça marchait bien, même quand il y a eu la sécheresse, assure-t-il. On faisait des tours d’eau. Il n’y avait pas de poissons crevés dans la Têt.”

Selon la FDSEA, certaines associations gestionnaires de canaux vont faire appel. Tout comme la chambre d’agriculture. De son côté, la préfecture, qui a reçu une délégation de manifestants ce mardi, annonce qu’elle prendra sa décision “dans les prochains jours”. Cependant, considérant qu’une éventuelle décision en appel n’interviendrait de toute façon pas avant le printemps 2024, le préfet insiste surtout sur l’importance de préparer rapidement l’année 2023 “en associant l’ensemble des acteurs”. Une séance de travail est d’ores et déjà prévue avant la fin de la semaine.  Mais le président départemental des Jeunes agriculteurs, Pierre Hylari, ne semble pas convaincu. “La prochaine fois, je ne vous demanderai pas de venir à vide. À ce rythme-là, on va se faire bouffer. Si on vous rappelle, chargez les bennes !”, a-t-il lancé aux agriculteurs présents à la sortie de l’entretien avec le préfet. Sous les acclamations des manifestants.

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