Occitanie : hémorragie de soignants, absentéisme, les hôpitaux de la région font face à une situation “inédite”

Le 22 septembre, puis le 27 septembre, et encore le 29 : une semaine de mobilisation dans l’hôpital public s’ouvre ce jeudi, à l’initiative des médecins urgentistes de la CGT et du syndicat CFE-CGC sous le mot d’ordre “Stop à la maltraitance et aux conditions indignes”. 

L’été a été difficile, l’automne sera poussif. “Où sont passés les gens ?” s’interroge Roman Cencic, directeur de l’hôpital d’Alès, où une dizaine de postes de soignants sont vacants. À Millau, c’est “une dizaine de postes paramédicaux”, “ça ne paraît pas beaucoup mais ça nous déstabilise”, confie la directrice Sylvie Marty, qui affronte une situation “totalement inédite” et doit, comme ses consœurs et confrères, s’adapter et innover. 

Sète, Millau, Alès, Nîmes, Carcassonne… la situation en région

En Occitanie, il n’existe pas de recensement des postes vacants, établissement par établissement : “Une enquête est en cours, nous aurons les résultats cet automne”, indique l’agence régionale de santé, qui se positionne dans la perspective et la nécessaire prospective du futur projet régional de santé. En revanche, l’ARS “est alertée quotidiennement” sur cette problématique, qui était jusqu’ici conjoncturelle. La fédération régionale de l’hospitalisation publique (FHF) cite de son côté des chiffres nationaux : 30 % de postes de praticiens hospitaliers à pourvoir, 5 % de postes d’infirmiers, 2,5 % des postes aides-soignants. Émilie Bérard, la déléguée régionale, précise qu’en Occitanie, public et privé confondus, 12 % des lits de médecin et 16 % des lits de chirurgie sont fermés. Et si l’absentéisme “fluctue”, il tourne autour de 10 %. 

Avec le soutien de la FHF, Midi Libre a, cette semaine, directement sondé les hôpitaux de la région pour faire l’état des lieux le plus précis possible : au CHU de Toulouse, 69 postes d’infirmiers (IDE) sont à pourvoir (sur 3600, soit moins de 2 %) ; à l’hôpital de Carcassonne, 15 postes d’IDE vacants ; à l’hôpital d’Alès, 15 postes vacants ; à l’hôpital de Millau, 21 postes de praticiens hospitaliers vacants (35 % de l’effectif), et 13 postes pour les personnels non médicaux ; à Saint-Affrique, 5 médecins et 10 personnels non médicaux ; à l’hôpital de Sète, 14 postes vacants et 43 lits fermés, des urgences en souffrance où il manque “sept équivalents temps plein”, “elles fonctionnent avec l’intérim et la solidarité territoriale, notamment du CHU de Montpellier”, dit la directrice des hôpitaux du bassin de Thau Claudie Greslon. Au CHU de Montpellier, 100 postes d’infirmiers à pourvoir, autant au CHU de Nîmes, selon les syndicats, la direction ne confirme pas le chiffre.    

Les infirmiers sont, de très loin, les profils les plus recherchés. Mais on manque aussi de médecins, d’aides-soignants, de manipulateurs radio, de kinésithérapeutes, orthophonistes, orthoptistes…

“Des contraintes trop lourdes à porter”

“L’après Covid”, “l’air du temps” qui se traduit par une entrée retardée dans le monde du travail à la sortie de l’école d’infirmier par exemple, les premiers départs à la retraite des “boomers”, la priorité accordée à la qualité de vie, avec son corollaire, un turn-over plus important, l’appétence pour le temps partiel… sont les explications les plus fréquentes avancées pour expliquer la pénurie de soignants. “Les personnels ne veulent plus être corvéables à souhait, être rappelés sur leurs repos, se voir refuser le jour posé pour une contrainte familiale ou le rendez-vous médical d’un enfant”, dit Audrey Solignac, représente FO au CHU de Nîmes, qui rappelle qu’un dimanche travaillé rapporte 45 € supplémentaires à un infirmier, l’heure de nuit, 1€ de plus. “Ils ont le sentiment que les contraintes de l’hôpital sont lourdes à porter”, résume la DRH de l’établissement Véronique Jarry, qui a la “chance” de n’avoir “que” 8,6 % d’absentéisme. Elle vient de recruter 100 infirmiers à la sortie de l’école, le chiffre est inédit par son ampleur mais elle aurait souhaité plus, “on sait juste qu’on pourra tenir jusqu’à décembre”.

“J’ai un absentéisme à 16 %, ce qui signifie que chaque jour, il me manque 150 soignants, ça se traduit par des heures supplémentaires et une charge accrue sur les titulaires”, indique de son côté Roman Cencic à l’hôpital d’Alès. Pour le directeur, c’est du “jamais vu”. 

“Il nous manque une dizaine de postes paramédicaux sur 650, Malheureusement, cela suffit à nous mettre en difficulté”, explique Sylvie Marty, directrice de l’hôpital de Millau, qui a dû fermer un des deux services de soins de suite cet été, il ne rouvrira pas cet automne.

CDI accélérés, allocations étudiants… comment les hôpitaux s’adaptent

“On titularise plus vite pour fidéliser nos personnels, et, par exemple, on propose depuis le mois de juin une bourse mensuelle de 350 € aux étudiants en troisième année de l’IFSI (Institut de formation en soins infirmiers) s’ils s’engagent pour trois ans chez nous”, explique Sylvie Marty à Millau. Le résultat est décevant : un seul candidat. Des “facility managers” aident aussi à l’installation des nouveaux venus. Très en vogue également : le retour du poste de 12 h chez les infirmiers, qui leur permet de travailler deux à quatre jours par semaine. C’est une demande systématique des jeunes générations : “S’ils ne travaillent pas en 12 h, ils ne viennent pas”. 

“Oui, les infirmiers demandent souvent un service en 12 h… On cherche à fidéliser très vite, on fait des CDI au bout de six mois, on essaie de préserver un week-end sur deux. Mais on s’est aussi saisi de toutes les possibilités en termes de nouvelles formations”, précise Véronique Jarry au CHU de Nîmes. Si on devait synthétiser l’essentiel ? “On a très envie de recevoir des profils de personnels paramédicaux qui ont envie de travailler chez nous. Tous les CV d’infirmiers, aides-soignants,kinésithérapeutes sont bienvenus, mille fois !”. Elle se heurte parfois à un mur : “Il nous manque des kinésithérapeutes, 25 places viennent d’êtres ouvertes à Perpignan, ils ne vont pas venir chez nous…”  

“Nos adhérents sont tous à fond sur la qualité de vie au travail, la situation les oblige à bichonner leurs ressources humaines”, dit Emilie Bérard, qui souligne par ailleurs la mobilisation de la Région pour faire un appel d’air dans la formation : “L’offre de formations d’infirmiers a progressé de 16 % en 2021, + 35 % pour les aides-soignants, + 10 % pour les manipulateurs radio… on va finir par les voir arriver”. 

Le ministère relativise, la fédération temporise

Sollicité par Midi Libre, le ministère de la Santé indique que “les effectifs salariés du public ont progressé de + 0,2 % en 2019, et + 1,9 % en 2020” dans le contexte de la crise sanitaire.

La FHF ne dramatise pas non plus : “Il n’y a pas de crise des vocations, les métiers de la santé restent attractifs, et il n’y a pas de départs massifs de soignants, mais les hôpitaux n’avaient pas l’habitude de ces tensions, qui sont identiques dans le public et le privé d’ailleurs”, relativise Emilie Bérard. Elle l’admet : “Les nouvelles générations nous désarçonnent”.

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