Narbonne : six ans après la fusillade de la place Voltaire, le tireur présumé a été condamné à 4 ans de prison ferme

Le 4 septembre 2016, alors que des échauffourées opposent les communautés gitanes et maghrébines dans le quartier de Bourg, un père de famille avait été touché par une balle sous les yeux de ses enfants. Après une enquête de police complexe et qui n’aurait pas révélé toute la lumière sur les faits, un homme était jugé ce vendredi 23 septembre par le tribunal correctionnel de Narbonne. Il a été reconnu coupable de violence avec usage d’arme. Récit. 

Malgré le verdict prononcé ce vendredi 23 septembre par le tribunal correctionnel de Narbonne, de nombreuses zones d’ombre entourent la fusillade du 4 septembre 2016 de la place Voltaire. Ce jour-là, un différend oppose la communauté gitane et la communauté maghrébine de Narbonne sur fond de rivalité amoureuse pour les uns, ou de trafic de drogue pour d’autres. 

Toujours est-il que vers 19h30, tout le monde en vient aux mains provoquant une bagarre générale sur la place du quartier de Bourg malgré l’intervention des femmes qui mettent beaucoup d’énergie à calmer la situation. Quelques minutes plus tard, la police arrive sur les lieux et parvient à disperser les différents protagonistes. 

Trente minutes plus tard, un homme d’une quarantaine d’années, de la communauté gitane, est aperçu torse nu se dirigeant vers la rue Voltaire avec une arme de poing à la main. Il avait été repéré quelques minutes plus tard comme étant un des leaders de la rixe. Des coups de feu interviennent peu de temps après. Dans le même temps, un père de famille récupère dans ce secteur ses deux enfants. Il ignore tout des différends qui se jouent à quelques mètres de là. Il se trouve dans la rue avec ses deux fils et son ex-compagne quand il aperçoit trois individus aux aguets, puis un quatrième arrivant en courant. Les quatre individus filent à toute allure. 

La victime des tirs est un miraculé

Juste après, de nouveaux coups de feu interviennent. Trois détonations sont entendues. Le père de famille ressent alors une brûlure à la hanche sans pouvoir identifier le tireur. Il remarque juste la présence d’un individu à 80 mètres de lui avec derrière lui un attroupement de personnes. Son ex-femme et ses enfants sont mis en sécurité dans la voiture alors que lui, pris d’étourdissement, se réfugie dans une cage d’escalier. Conduit à l’hôpital, il est un “miraculé” comme l’explique la présidente du tribunal de Narbonne qui jugeait ce vendredi 23 septembre l’auteur présumé des tirs. La balle a traversé l’os de sa hanche et a frôlé le nerf sciatique et une artère. 

Les investigations de la police ainsi que de leur service scientifique permettent le jeudi 8 septembre 2016 d’interpeller un individu à son domicile dans le quartier Saint-Jean-Saint-Pierre. On y retrouve ce qui pourrait être les vêtements qu’il portait ce soir-là. En garde à vue, il nie toute présence le 4 septembre dans le quartier alors que des témoins le reconnaissent lors de séances de tapissage. Il est alors placé en détention provisoire. Il restera en prison un an et demi avant d’être libéré en mai 2018 puis placé sous contrôle judiciaire. 

Incertitudes sur les armes et le nombre de tireurs

À la barre du tribunal, le tireur présumé est davantage prolixe. Oui il était présent dans le quartier et durant la rixe. Oui il a usé d’une arme. Il dit s’être expliqué ensuite rue Voltaire avec un jeune maghrébin. Ce dernier aurait sorti un pistolet. Il l’aurait juste désarmé et tiré dessus sans le toucher quand il a pris la fuite. Il affirme avoir agi seul même si, quelques jours après les faits, un courrier anonyme envoyé au commissariat dénonce son frère comme étant le tireur. 

Pourtant, les investigations et l’instruction imaginent un temps l’existence de plusieurs tireurs, des cartouches de différents calibres auraient été retrouvés. Le prévenu ne sera pas plus dissert sur ces suppositions et nie avoir tiré sur le père de famille. “Je n’ai rien vu, ni entendu” se limite-t-il à dire à la présidente du tribunal.

Un centre-ville qui s’est transformé en Far West

La victime n’a jamais pu identifier le tireur. Dans les couloirs du tribunal, le temps des délibérations des juges, il ne comprend pas qu’on puisse croire qu’il a été touché par une balle perdue. “Cette personne me visait. Il m’a pris pour un autre. Cela fait six ans que je me pose beaucoup de questions et j’imagine avoir été pris pour un des protagonistes de la rixe. Je suis partagée entre incompréhension et colère”.

Dans ses réquisitions, la procureure dénonce un centre-ville de Narbonne “qui s’est transformé le temps d’une nuit en Far West” et requiert, “afin de sacraliser la voie publique”, cinq ans d’emprisonnement avec mandat de dépôt. 

Du côté de la défense, on dénonce le contenu de la procédure et de l’enquête qui n’a pas permis d’offrir des certitudes pour le verdict des juges. Elle souligne également l’exemplarité du prévenu qui a respecté son contrôle judiciaire et ne s’est pas fait connaître de la justice depuis sa sortie de prison. 

Il demeure que le tribunal correctionnel a décidé de condamner le tireur présumé à quatre ans d’emprisonnement ferme et l’obligation d’indemniser les quatre membres de la famille. Un mandat de dépôt différé a été prononcé. L’individu condamné devra ainsi à se rendre au tribunal dans les prochains jours en vue de son incarcération. 

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