Lézignan-Corbières : leur logement est un taudis, ils se retrouvent à la rue

Marie et Giovani, parents de quatre enfants, ont dû quitter leur appartement après l’écroulement du plafond. Leur propriétaire veut bien faire des travaux, mais il doit les reloger. Or, aucun logement n’est apparemment disponible. Du coup, la famille s’est résolue à squatter illégalement un appartement. 

Un bout de plafond écroulé avec, bien visibles, les poutrelles du plancher du dessus bouffées par le temps et les insectes. De l’humidité : partout. Des fenêtres qui n’ont pas de poignées et qui s’ouvrent, même en hiver, au moindre coup de vent. L’appartement qu’occupaient Marie Emmanuel et Gionavani Jimenez, boulevard Châteaudun, en plein centre-ville de Lézignan, est un vrai taudis. Au-delà de ce que l’on appelle pudiquement un logement indigne.

Sur Lézignan, personne ne veut  nous reloger

Depuis le 3 septembre dernier, ils n’y habitent plus, convaincus que l’effondrement des morceaux de plâtre au-dessus de leurs têtes aurait pu être bien plus grave : “Il y avait mon petit de trois ans qui jouait à deux mètres de là”, souffle Giovani. Bien évidemment, le propriétaire des lieux, qui réside loin d’ici, a la charge de tout remettre en ordre. “Il veut faire les travaux, indique Marie (lire ci-dessous). Mais pour les commencer, il faut qu’il nous reloge. Et, sur Lézignan, personne ne nous veut”

La salle de bains dans un triste état.
La salle de bains dans un triste état.
A. C. – L’Indépendant

Il faut dire que la famille traîne comme un boulet une dette de plusieurs milliers d’euros auprès de l’un des bailleurs sociaux du département qui attend son remboursement pour rouvrir un dossier : “J’ai proposé un échéancier mais ils attendent le remboursement total de ce que l’on doit”. Forcément : les bailleurs, qu’ils soient sociaux ou pas, ne peuvent se permettre de voir leurs impayés enfler indéfiniment. 

Alors, Marie et Giovani se sont tournés vers la mairie où ils n’ont pas obtenu, non plus, de résultat. “Ce que nous pouvons faire, nous indique-t-on du côté de l’hôtel de ville, c’est de mettre en rapport les locataires avec les bailleurs sociaux mais nous ne pouvons régler la situation car nous n’attribuons pas de logement. Nous avons bien des logements d’urgence, mais ils s’adressent à des personnes qui ne sont pas en lien avec des bailleurs : des sans domiciles fixes, des réfugiés comme ce fut le cas, dernièrement, avec une famille ukrainienne, des femmes battues. Ces logements n’ont pas vocation à être loués de manière pérenne”. Rappelons également que les procédures régissant l’habitat indécent ou indigne s’appliquent à partir de textes de loi précis et que le locataire doit, dans un premier temps, porter plainte : ce qui n’est pas le cas ici.

Des fils dénudés protégés par du ruban adhésif dans la salle de bains.
Des fils dénudés protégés par du ruban adhésif dans la salle de bains.
A. C. – L’Indépendant

Entassés dans une camionnette

De fait, dans un premier temps, la famille s’est entassée, quelques jours, dans une camionnette. Avant d’installer les enfants chez la mère de Giovanni : “Elle n’a qu’une seule chambre et nous avons trois enfants avec nous (de 15, 10 et trois ans), sans parler de notre petit-fils de 15 mois. En plus, elle est malade, je ne pouvais pas les lui laisser”, confie ce dernier.

Alors, il y a quelques jours, convaincus qu’on les rejette parce qu’ils appartiennent à la communauté gitane, Marie et Giovani ont décidé d’enfreindre la loi et de squatter un logement vide appartenant à un bailleur social : “Tant pis, j’assume, lâche Marie. Je ne peux pas laisser mes enfants dormir dans une camionnette”. “C’est hors de question, renchérit Giovani, l’hiver va arriver : ce n’est pas normal, en 2022, de nous laisser dormir dehors, dans une camionnette, avec des enfants”. 

“Je me propose d’être garant”

Contacté par téléphone, le propriétaire du logement, conscient qu’il y a un gros chantier à mener, affiche sa bonne foi : “Je me propose d’être garant de leur loyer mais même en faisant cette proposition, il est très difficile de trouver un appartement sur Lézignan. Les propriétaires demandent des garanties et souhaitent louer à des gens qui travaillent, ce qui n’est ici pas le cas. J’ai essayé de me tourner vers des gîtes, mais ce n’est, à chaque fois, que pour une période de deux ou trois mois. C’est une situation très difficile…”.  

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