Les Iraniennes debout face aux mollahs

Depuis près d’une semaine, Iraniens et surtout Iraniennes crient leur colère après la mort de la jeune Mahsa Amini, arrêtée pour n’avoir pas respecté à la lettre le port du voile. Une révolte féministe qui vise tout un régime.

Tout va si vite qu’il est impossible de savoir où en sera demain le pouvoir en Iran. À l’instant où nous écrivons, les autorités de Téhéran tentent de couper l’accès à Instagram et WhatsApp — YouTube, Facebook, Telegram, Twitter, Tiktok sont déjà entravés, voire totalement bloqués. Signe de panique et enjeu de taille : depuis six jours, les réseaux sociaux sont la caisse de résonance d’une vague de colère qui, loin de s’essouffler, prend de l’ampleur. La fronde a éclaté après la mort d’une inconnue devenue symbole, Mahsa Amin, 22 ans, interpellée par la police des mœurs pour avoir eu l’outrecuidance de laisser dépasser quelques cheveux de son voile islamique… Et voilà que le corps des femmes, une fois de plus au cœur de l’arène politique, objet des diktats liberticides des islamistes iraniens (comme, ailleurs, des talibans afghans), devient une arme de libération aux yeux du monde entier : on ne compte plus les photos et les vidéos d’Iraniennes arrachant leur voile, dansant autour d’un feu de joie avant de le jeter aux flammes, ou se coupant les cheveux… Agissant à visage découvert, applaudies par des hommes qui les soutiennent.

Toutes les classes sociales

Ce n’est certes pas la première fois que des manifestations éclatent en Iran, ni que des Iraniennes défient les barbus sur les réseaux. Mais de l’avis de nombreux spécialistes, cette révolte-là revêt un enjeu particulier, parce qu’elle traverse les classes sociales, fédère donc hommes et femmes, et n’a pas pour cause, comme ce fut le cas dans le passé, la hausse des prix ou le non-respect de la démocratie… L’imposition du voile va bien au-delà, marqueur politique des mollahs autant qu’outil de contrôle social. Ce à quoi nous assistons dans ces images sur Twitter, ces bouts de tissu qu’on brûle et ces cheveux qu’on coupe, c’est à la mise en cause de tout un régime. Et d’une conception du monde qu’on aimerait ranger une fois pour toutes dans le passé.

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