L’emprise, vue par un sociologue : « Le besoin de reconnaissance en est l’un des ressorts majeurs »

Après avoir publié huit témoignages sur les relations d’emprise, « l’Obs » explore ce qui fait leur spécificité dans une série d’entretiens.

Francis Chateauraynaud est sociologue et directeur d’études à l’EHESS à l’origine du concept de lanceur d’alerte. L’emprise est l’un de ses sujets. Il nous en parle ici comme d’une prise de contrôle du champ d’expérience de l’autre. Selon lui, le pouvoir se caractérise par le silence et l’intuition est déterminante pour se libérer des liens d’emprise.

Quand je suis tombée sur vos textes sur l’emprise, j’ai été surprise parce que je n’avais lu que de la psychanalyse sur le sujet. Etes-vous le premier à avoir sociologiquement étudié l’emprise ?

Non, je ne suis pas le premier. Cela a déjà été fait, notamment par une grande anthropologue, Jeanne Favret-Saada dans sa superbe enquête sur la sorcellerie dans le bocage normand. Elle a décrit des processus d’emprise de l’intérieur en se laissant elle-même embarquer dans les sorts. C’est un livre marquant, un ouvrage magique du point de vue ethnographique. Parmi les formules très fortes qu’elle développe, il y a le fait d’« être pris »… Tout devient différent, votre monde est reconfiguré. Les détails, les petits événements, tout change de signification et cela finit par faire du tort…

Pour ma part, j’ai cherché à aller plus loin dans l’intégration des phénomènes d’emprise dans la sociologie contemporaine, au-delà des théories du pouvoir couramment utilisées, de Foucault à Bourdieu. L’emprise m’a intér

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