« Jamais ne m’avait si brusquement saisi la certitude de tomber et disparaître » : pourquoi a-t-on peur du vide ?

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De chaque côté de l’arête rocheuse, le vide. J’ai le palpitant qui s’emballe, mes jambes tremblent comme des bourdons en rut. Surtout, ne pas le regarder. Je fixe la chaîne courant le long des rochers, appelée « ligne de vie » (un nom de trompe-la-mort, soit un signe d’inquiétude supplémentaire). Sous la pression du groupe, je fais un premier pas, mais autour de moi, le paysage devient flou, quasi irréel. Le vide semble m’aspirer, comme si mon corps tentait de se dérober de l’attraction terrestre. Mon cerveau en panique visualise l’inexorable chute, l’intervention des secours et, sans doute par déformation professionnelle, l’entrefilet publié dès le lendemain dans « le Dauphiné libéré » : « Accident à la dent d’Oche : une femme est décédée. » Ma dignité abdique : je termine les quelques mètres à quatre pattes, en haletant, cramponnée à la chaîne à se coller une odeur âcre de métal sur les doigts. Avec mon sac à dos, je ressemble à une tortue apeurée tentant de gagner le sommet.

Telle est la douloureuse condition des gens sujets au vertige, l’autre mal des montagnes, un mal fascinant (il l’est beaucoup moins dans le feu de l’action). Il y a tant à dire et à démêler sur le vertige. On peut s’interroger sur ce que ces sueurs froides signifient : peur de la mort ? Désir de fuite ? Il peut aussi y avoir dans ce sentiment handicapant des choses à comprendre sur soi, son rapport au monde à cet instant, su

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