Françoise Fabian : “Vous n’imaginez pas à quel point j’ai haï le cinéma”

À 89 ans, Françoise Fabian lit, aux côtés du rappeur Oxmo Puccino, des extraits d’“À la recherche du temps perdu”, de Marcel Proust. Un auteur qui habite cette comédienne dont la vie est nourrie de théâtre, de musique et de cinéma.

Qui est Marcel Proust pour vous ?

Une drogue, une passion ravageuse. J’ai lu huit fois À la recherche du temps perdu. Je pense de la vie exactement ce que Proust en pense. Ses vérités sont les miennes. Je suis, comme lui, sujette à la mémoire involontaire. Un rien ravive en moi des sensations tapies. Un bruit, une image, une odeur : c’est la fameuse madeleine de Proust. Lorsque ces sentiments et ces souvenirs enfouis se réveillent et s’épanouissent, il m’arrive de pleurer sans que personne ne sache pourquoi.

Quel est votre plus vieux souvenir ?

Je me revois enfant, à Alger, avec ma petite sœur dans une buanderie. Il fait chaud et ma mère nous rafraîchit avec des serviettes trempées avant de nous envoyer à la sieste. Un moment que je déteste, car je trouve que c’est du temps perdu. Il y a tant de choses à faire !

Étiez-vous une petite fille imaginative ?

Oui. Mon père, directeur d’école, possédait une immense bibliothèque dans laquelle je piochais des livres sans que jamais il ne contrôle mes choix. Le soir venu, il nous lisait Les Mille et Une Nuits ou Les Misérables. J’étais au conservatoire de musique d’Alger, je jouais du piano et je chantais. Je me racontais beaucoup d’histoires, empêchant ma sœur de dormir ou m’enfermant dans les cabinets pour continuer mes récits tranquillement.

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