Catherine Meurisse fait entrer la BD à l’Académie des beaux-arts

L’autrice de “La Légèreté”, ancienne dessinatrice de presse, notamment à “Charlie Hebdo”, a officiellement fait son entrée mercredi dans le prestigieux cénacle. Un symbole fort pour la bande dessinée, art longtemps méprisé.

Elle a réussi un « casse » sans dommages collatéraux, un « pied de nez sans pied de biche », selon ses mots. Mercredi 30 novembre 2022, l’autrice de BD Catherine Meurisse a été « installée », selon le terme consacré, à l’Académie des beaux-arts. Quai Conti, à Paris, sous la coupole, elle a intégré cette phalange de l’Institut de France aux côtés du cinéaste Jean-Jacques Annaud, du photographe Yann Arthus-Bertrand, de la chorégraphe Carolyn Carlson, du chef d’orchestre William Christie ou du peintre Gérard Garouste. L’artiste de 42 ans, en plus de considérablement en rajeunir la moyenne d’âge, fait ainsi entrer officiellement le neuvième art dans cette « compagnie » dont les origines datent du XVIIᵉ siècle et qui vise à « soutenir la création ».

Elle est élue « du premier coup », contrairement à Delacroix, qui dut attendre la huitième tentative, précise l’historien de l’art et romancier Adrien Goetz, qui l’a introduite au sein de la vénérable institution. Au fil d’un long et beau discours, il rappelle ses influences graphiques – Sempé, Tomi Ungerer, Claire Bretécher, Quentin Blake. Retrace son parcours, notamment au sein de Charlie Hebdo, et cite ses principaux albums (Le Pont des arts, Moderne Olympia, La Légèreté…). « Dans votre atelier, parmi vos dessins, j’ai vu le catalogue de l’exposition Daumier du musée d’Orsay, une publication des musées de Strasbourg consacrée à Gustave Doré, j’ai vu sur votre table les pinceaux de Claire Bretécher que son fils vous a offerts et le meuble à plans où elle rangeait des feuilles de papier encore vierges, qu’elle-même avait hérité de Franquin et qui semble attendre la suite des aventures de Spirou et de Fantasio », décrit-il, rappelant habilement la solide culture classique de l’autrice, comme la tradition dessinée dans laquelle elle s’inscrit. Il explique aussi que l’impétrante, destinée à la section « peinture » de l’Académie, s’en est « évadée » pour rejoindre celle de gravure, rebaptisée pour l’occasion « gravure et dessin ». Une évolution notable dans « un univers de rite où tout prend une signification ».

L’arrivée de cette nouvelle académicienne prend évidemment valeur de symbole pour le monde de la bande dessinée, longtemps et parfois encore cantonné par certains au divertissement pur. Avec humour et verve, Catherine Meurisse, vêtue de son habit vert, a pointé « la joie des uns de voir le neuvième art entrer dans la bergerie, et la terreur des autres de l’imaginer se figer dans un palais ». Et conté à sa façon, vive et érudite, une histoire de la BD émaillée de références à Rodolphe Töpffer, René Goscinny ou Gébé. Livrant au passage une déclaration d’amour à sa discipline : « La peinture la nourrit, sans l’étouffer. La philosophie l’étreint, sans l’enferrer. La littérature et elle communient, sans dispute. La poésie en rayonne, sans la brûler. La danse (le geste) la rejoint. La photographie et le cinéma l’enrichissent, et la bande dessinée de dire moteur ! ou coupez ! quand bon lui chante, sans craindre d’exorbitants frais de tournage. Le théâtre lui ressemble. » Réjouissante, émouvante même, son intronisation dans ce cénacle prestigieux fait écho à l’entrée en octobre du spécialiste du neuvième art Benoît Peeters au Collège de France, pour une série de cours sur la « poétique de la bande dessinée ». Pour cesser, enfin, de considérer la BD comme d’anodines histoires de « petits Mickey » ?


La séance d’installation de Catherine Meurisse à l’Académie des beaux-arts est visible ici.
Son discours ainsi que celui d’Adrien Goetz sont consultables dans leur intégralité sur le site de l’Académie des beaux-arts.

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