Assises de l’Aude : la victime des coups de couteau et de marteau innocente l’un des deux accusés

Depuis lundi 23 janvier, deux hommes de 22 et 23 ans comparaissent devant la cour d’assises de l’Aude, pour répondre d’une “tentative de meurtre” pour le plus jeune, et du délit connexe de “violence avec usage d’une arme, suivie d’une incapacité supérieure à huit jours”. Les faits pour lesquelles les deux accusés sont mis en cause remontent au 31 mai 2020 à Castelnaudary. Deuxième jour de procès…

Natif de Seine-Saint-Denis, Adbelkarim Kebbati est âgé de 22 ans. Placé en détention provisoire depuis le 1er juin 2020, il doit répondre de “tentative de meurtre” devant la cour d’assises de l’Aude, depuis lundi matin. À ses côtés, c’est libre que comparaît Soufiane Boularouf, un Chaurien de 23 ans à qui l’on reproche des faits de “violence avec usage d’une arme, suivie d’une incapacité supérieure à huit jours”. Pour sa part, il avait été placé sous contrôle judiciaire le 25 août 2021, après avoir effectué plus d’un an de détention provisoire dans le cadre de cette affaire criminelle mal ficelée. Pour ne pas dire mal orientée. Près de trois ans après les faits ayant eu lieu à Castelnaudary le 31 mai 2020, la position des mis en cause n’a pas bougé d’un iota. Avec d’un côté Adbelkarim Kebbati, qui reconnaît avoir porté un coup de couteau à la gorge de la victime, en niant “l’intention de tuer”. Et de l’autre Soufiane Boularouf, qui a répété à la cour être intervenu “pour calmer la situation”, sans avoir “jamais porté de coups de marteau”.

Les gendarmes m’avaient dit qu’ils allaient me recontacter, mais j’ai déménagé tout de suite car j’ai reçu des menaces.

Pas de déviance dans les déclarations des deux accusés, si ce n’est que la victime a très vite disparu de la circulation, voire de l’instruction criminelle. Dans l’enquête, Keveen J. n’a en effet été entendu qu’une seule fois par les gendarmes, après qu’il leur a amené un certificat médical faisant état de onze jours d’ITT prescrits par un médecin urgentiste, et non légiste. Ce mardi 24 janvier, c’est un véritable coup de théâtre qui a été vécu devant la cour d’assises, avec l’apparition surprise de Keveen J., âgé de 36 ans, qui ne s’était jusqu’alors jamais constitué partie civile dans cette affaire de règlement de compte, où il apparaît clairement qu’il y a eu erreur sur la personne lors de cette soirée sur fond d’alcool et de consommation de cannabis. Actuellement incarcéré pour une autre cause, c’est depuis la maison d’arrêt d’Uzerche (Corrèze) que Keveen J. s’est ainsi constitué partie civile lors de ce second jour d’audience devant la cour d’assises de l’Aude. “Les gendarmes m’avaient dit qu’ils allaient me recontacter, mais j’ai déménagé tout de suite car j’ai reçu des menaces”, a-t-il indiqué pour justifier de ses absences de réponse aux convocations qui lui ont été envoyées.

“Ils m’ont massacré, alors que je leur disais que je n’avais rien fait. J’ai reçu des coups de partout, a témoigné Keveen J. devant la cour. Celui qui m’a planté m’a sauté dessus en me disant qu’il allait me crever, me tuer ! Je pense que si les gendarmes n’étaient pas arrivés, ça aurait mal fini. Même quand j’ai été pris en charge par les secours, il continuait de me menacer de mort. Il me disait que j’étais un homme mort, qu’il allait me crever… C’est après que j’ai appris que mes amis avaient eu un problème avec lui dans l’après-midi.” Ce mardi après-midi, alors qu’elle n’avait jamais pu avoir lieu au cours de l’instruction, c’est par visioconférence qu’une confrontation a été improvisée devant la cour d’assises de l’Aude, entre la victime et les deux accusés.

Je sais qu’il a tenu le marteau à un moment, mais je ne l’ai pas vu me porter des coups avec.

Chacun à leur tour devant la caméra. Face à Abdelkarim Kebbati, c’est sans hésitation que Keveen J. a ainsi reconnu celui qui lui avait porté un coup de couteau à la gorge dans la nuit du 30 au 31 mai 2020, peu avant 3h du matin. Il l’avait d’ailleurs déjà désigné aux gendarmes, lorsqu’ils sont intervenus la nuit des faits. En ce qui concerne Soufiane Boularouf : “Je sais qu’il y était et qu’il a tenu le marteau à un moment, mais je ne l’ai pas vu me porter des coups avec. Tout est allé très vite, je n’ai rien vu venir !” Occasion pour Me Victor Font, aux intérêts de Soufiane Boularouf, de faire répéter à la victime qu’elle ne désignait pas son client comme étant celui qui lui a donné des coups de marteau. Une première victoire pour le pénaliste carcassonnais, qui devrait plaider la relaxe dès ce mercredi 25 janvier, pour le délit connexe reproché à Soufiane Boularouf dans cette affaire criminelle.

Au cours de cette nuit du 31 mai 2020 à Castelnaudary, en plein confinement, c’est dans la rue pasteur et aux abords de la place Jean-Jaurès que ces faits de violence en réunion avec usage de deux armes avaient eu lieu entre deux groupes ne se connaissant que de vue. La genèse : une embrouille dans l’après-midi, où Abdelkarim Kebbati a été blessé au niveau de l’oreille après avoir reçu un coup de verre. Suivi plus tard du retour de ce dernier avec son chien et un groupe de six personnes, qui va directement s’en prendre à Keveen alors qu’il n’a rien à voir avec ce qui s’était passé plus tôt dans la journée ses amis. Ce mercredi 25 janvier, les débats se poursuivent dès 9h, avant les réquisitions de l’avocate générale Géraldine Labialle, suivis des plaidoiries de Me Victor Font pour Soufiane Boularouf, ainsi que celle de Me Eric Mouton pour Adbelkarim Kebbati.

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