Assassinat de Millau, deuxième jour du procès : “Il m’a juste dit qu’il allait planter Vinz…”

Accusé d’assassinat, Alexandre Canet ne s’est pas exprimé ce vendredi. Il doit le faire lundi. En attendant, la cour a fait lecture de plusieurs lettres écrites durant sa détention. Il y évoque la légitime défense pour son coup de couteau mortel asséné à Vincent Schubert, le 10 août 2019 dans les rues de Millau.

Jeudi soir, au terme d’une première journée de procès dense, Alexandre Canet n’a pas vraiment su s’emparer du micro. Trop fatigué, trop assommé par les médicaments. “Je n’ai jamais su parler de moi. Je ne suis pas une mauvaise personne”, avait-il bafouillé. Ses proches l’avaient alors invité à “se lâcher”. En le voyant revenir dans le box, ce vendredi matin, on se disait que c’était possible. Les cheveux gominés en arrière, le quadragénaire paraissait davantage alerte que la veille. Mais, après une nouvelle journée de débats, le président n’a cette fois pas donné la parole à l’accusé. Son interrogatoire sur les faits a été remis à lundi, 8h45. Rageant.

Car malgré la valse des témoins à la barre, il semble encore bien difficile pour les jurés de se forger une intime conviction sur cette journée du 10 août 2019. Et notamment sur l’intention d’Alexandre Canet de donner un coup de couteau mortel à celui qu’il présente encore comme son “ami”, Vincent Schubert dit “Vinz”.

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En attendant lundi donc, la cour a néanmoins donné lecture des nombreuses lettres écrites par l’accusé depuis sa cellule. Car Alexandre Canet écrit beaucoup en détention. À la juge d’instruction, à ses ex-compagnes, ses filles… Extraits : “Cette affaire m’a tout pris”, “jamais, je n’aurais pensé que ça allait se finir comme ça. J’ai brisé tout le monde et je ne peux pas revenir en arrière, mais je ne suis pas un meurtrier”, “quand ils m’ont arrêté, j’étais prêt à prendre une balle, ça aurait tout réglé. Mais je vais assumer, ma peine sera ma peine. Mes filles sont le seul cadeau que la vie m’a fait”.

Scalpel autour du cou ?

Dans ces lettres, l’accusé dévoile surtout sa défense. Selon ses mots, la victime était armée le jour des faits. “Quand je l’ai vu choper sa merde de scalpel, j’ai pris peur et derrière c’est le cauchemar”, écrit-il.

Alors, Vincent Schubert était-il lui aussi armé le jour des faits ? Dans le milieu de “la favela” où gravitent toxicomanes, alcooliques et délinquants, tout le monde savait que « Vinz » avait pour habitude d’en porter un scalpel comme pendentif. La rumeur dit qu’il se sentait menacé “par des mecs de cité après avoir mis du GHB dans le verre d’une fille lors d’une soirée”. Mais ce 10 août 2019, les enquêteurs ne retrouvent rien autour de son cou lorsqu’il est pris en charge dans un salon de tatouage rue de la Capelle. “Il n’y avait rien dans les rues, non plus”, assure l’officier de police judiciaire en charge de l’enquête. Ses équipes retrouveront néanmoins trace d’un scalpel, rangé au fond d’un tiroir au domicile de la victime. “Mais il ne l’avait pas sur lui ce samedi-là”, ont tour à tour assuré les proches de Vincent Schubert, vendredi à la barre. Pour ces derniers, la défense d’Alexandre Canet ne tient pas.

“Canet, il plantait facilement”

Celui qui présentait un taux d’alcool de 1,53g/l et diverses substances dans son sang le jour des faits, se serait laissé emporter par “l’histoire pourrie de tromperie”. Pour rappel, il reprochait à la victime d’avoir eu une relation avec sa compagne six mois auparavant lors d’une soirée arrosée. “Il voulait déjà le planter après ça mais on avait calmé le jeu et je pensais que c’était terminé”, témoigne un proche du défunt, avec qui il a partagé plusieurs séjours en détention. “Canet, il plantait facilement. Je le sais, il n’avait pas de facilité avec ses mains donc il y allait avec un couteau. On a souvent dû en découdre ensemble et il avait toujours un couteau”, assure-t-il encore à la barre.

En fin de journée, le tribunal a entendu Patrick Bourgeois, 63 ans et habitant de “la favela”. Accusé d’avoir nettoyé le couteau sur la scène du crime, on dit aussi qu’il est à l’origine de la rumeur d’adultère. C’est de chez lui d’ailleurs que le 10 août, vers 16 heures, Alexandre Canet partira, avec un couteau, retrouver “Vinz”. “Je n’ai pas fait attention qu’il prenait un couteau. Il m’a demandé de garder sa fille (âgée de 7 ans, NDLR) et m’a juste dit qu’il allait planter Vinz… C’est tout”, a-t-il indiqué à la cour. “C’est tout ?”, s’est étonné le président. Réponse : “C’est tout…”

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