À France Culture, un management par la peur ?

Mise en cause pour harcèlement moral dans une enquête de “Libération”, la direction de la station essuie une vague de départs, dans tous les métiers, et de procédures aux prud’hommes. Au-delà, c’est aussi le fonctionnement du groupe public qui interroge.

C’est l’histoire d’une « très belle entreprise et qui marche fort bien mais que ronge la peur », déroule le conteur Claude Askolovitch dans sa revue de presse du jeudi 22 septembre sur France Inter. Reprenant un article de Libération, il dépeint une société « où la direction ne se conteste pas ; la patronne récompense, engueule, punit, humilie, chasse, placardise à sa guise, entourée d’une cour d’approbation ». Et de conclure, avec un brin de tristesse : « C’est d’autant plus perturbant pour nous que la boîte décrite est notre radio sœur, France Culture, dont le succès est remarquable mais qui bruit de peines et de départs. »

Riche de programmes éclectiques, exigeants et pédagogiques, la station réunit chaque jour plus de 1,6 million d’auditeurs (selon les chiffres de Médiamétrie sur la période avril-juin 2022), soit son meilleur score en vingt ans. Elle est dirigée depuis 2015 par Sandrine Treiner, qui fut d’abord chroniqueuse puis conseillère aux programmes de Culture, avant de devenir en 2011 l’adjointe du directeur d’alors Olivier Poivre d’Arvor.

Mais selon l’enquête d’Adrien Franque et Jérôme Lefilliâtre pour Libération, donc, le quotidien y serait pour certains compliqué, voire douloureux : « Quatre signalements, portant des accusations de harcèlement moral et visant la direction de la chaîne, ont été effectués depuis le début de l’année. » Les deux journalistes pointent « une vague de départs qui touche presque tous les métiers de la maison : producteurs d’émission et attachés de production, journalistes et employés administratifs, jusqu’aux cadres de haut niveau », avec « une multiplication des arrêts de travail, de procédures aux prud’hommes et d’alertes adressées à la médecine du travail ». « Nous avons été sollicités de nombreuses fois sur des cas de harcèlement au travail, mais c’est difficile de déclencher une alerte en bonne et due forme car ceux qui nous sollicitent ne veulent pas apparaître ; il y a une vraie terreur », juge un élu du personnel, intervenant ici lui-même de façon anonyme…

“C’est un système de violence et de soumission.”

Les témoignages recueillis dénoncent des méthodes de management brutales. « Ils décrivent une patronne travailleuse et intellectuellement brillante, mais qui a aussi centralisé à l’extrême le pouvoir de décision dans la chaîne, ne supportant pas la moindre contestation, vivant chaque remarque ou refus comme une trahison », écrivent les auteurs de l’article. « C’est un système de violence et de soumission, qui neutralise par la peur », selon un ancien cadre de la radio. Sandrine Treiner n’a pas voulu répondre aux questions de Libération – et nous a fait savoir qu’elle ne souhaitait pas, pour le moment, commenter l’article.

Contactée par le quotidien, la présidence de Radio France a notamment fait valoir que « Sandrine Treiner et le comité de direction de France Culture ont mis en place des occasions régulières de dialogue au sein de la chaîne, au travers notamment de réunions hebdomadaires avec les différents métiers […] ». Au-delà de la personnalité de la dirigeante de la chaîne, l’article souligne aussi la part dans la crise actuelle du mode de fonctionnement du groupe public, où les professionnels de l’antenne signent des contrats saisonniers, et sont donc dépendants des inflexions éditoriales décidées par leurs patrons. « Après, bien sûr, il y a la manière… », conclut Claude Askolovitch dans sa revue de presse d’Inter. Avec un désarmant bon sens.

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